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A l’époque médiévale, l’Enluminure était gérée par plusieurs mains, ainsi il y avait un calligraphe, un dessinateur, un préparateur de couleur, un doreur, un enlumineur pour la mise en couleur, etc.… Aujourd’hui l’enlumineur à plusieurs casquettes et doit maîtriser toutes ces étapes. Je laisse néanmoins le soin à mon parcheminier de me préparer les peaux avec ses bains successifs de chaux. Mais une fois le parchemin entre mes mains plusieurs étapes se succèderont. Ce support étant une matière vivante, il bouge et se gondole selon les variations de température et l’humidité. Au moyen-âge, le parchemin étant conservé dans des codex, le poids des livres les faisait s’aplatir naturellement. Aujourd’hui afin d’être visible en exposition, il faut donc le tendre pour avoir une surface plane et éviter que le parchemin ne se rebelle trop, ce qui fragiliserait la peinture ou l’or. Ainsi, je le tends avec une colle de reliure sur du carton bois au Ph neutre sans acide et sans solvant. A cela s’ajoute la nature propre du parchemin : sa surface lisse et hermétique qui donne comme difficulté celle d’avoir l’impression de travailler sur du verre. La peau étant parfois sale il faut la nettoyer et la dégraisser avec de la poudre de pierre ponce pour que la peinture ait une meilleure tenue. Celle-ci reste en surface et n’est en aucun cas absorber, ce qui peut entrainer des fissures ou écaillements si le dosage entre l’eau et les pigments n’est pas bien géré par l’enlumineur, c’est une des difficultés de cette discipline. J’ai donc créé mon propre liant à mélanger aux pigments afin d’optimiser sa tenue sur le parchemin. Le liant médiéval était composé d’œuf, de gomme arabique et parfois de miel. Afin de trouver une meilleure adhérence j’ai donc composé mon liant avec du fiel de bœuf, de la gomme arabique, du miel et surtout de la glycérine qui viendra assouplir la peinture. Bien entendu j’ai étudié les liants afin de connaître parfaitement leur nature et leur spécificité et créer un dosage en conséquence. Les pigments ayant une densité différente les uns par rapport aux autres, la quantité de liant peut varier et il arrive de devoir décanter et broyer à la molette certaines couleurs. La pose de l’or, est une étape délicate et de longue haleine, surtout lorsque l’or est en relief. J’applique ce qu’on appelle un gesso (assiette à dorer), recette traditionnelle que je fabrique à base de blanc de plomb, de Meudon, colle de poisson, bol d'Arménie et sucre cristallisé. Il est appliqué en plusieurs couches, en raison de sa texture épaisse, il est toujours difficile de faire des petits motifs et qui plus est, lisses et réguliers. Je brunis ensuite le gesso avec une pierre d’agate et je pose plusieurs couches d’or, en agatant l’or entre chaque couche pour donner le maximum de brillance.La mise en couleur, de par la difficulté du travail des pigments sur parchemin reste une étape subtile et exigeante. Vient ensuite la folie des détails et la régularité propre aux plus belles enluminures.
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